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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 09:34
Le livre de ma mère (Albert Cohen)

Virage à 180° du mondes des durs à cuir tatoués avec « Le livre de ma mère » d’Albert Cohen.

Sorti en 1954, « Le livre de ma mère » est un roman autobiographique traitant de la perte de la mère de l’auteur, survenue une dizaine d’années auparavant.

Construit comme un long et douloureux monologue en forme d’hommage à la disparue, « Le livre de la mère » retrace toute l’existence de la famille Cohen, depuis son départ de l’ile de Corfou en Grèce pour arriver à Marseille en 1900.

Tout tourne autour des souvenirs des Cohen, leur pauvreté et leur isolement dans une ville nouvelle et pas forcément accueillante avec les étrangers, juifs de surcroit.

Le caractère protecteur de cette mère au foyer ne vivant que pour son enfant est largement mis en évidence : l’obsession pour l’éducation se devant être catholique pour s’intégrer, le devoir de bien manger, de bien s'habiller et aussi de bien paraitre en société, même si on en a ni les moyens, ni les manières.

De cette femme simple, aimante et dévouée, Cohen dresse un portrait particulièrement touchant.

On comprend la grande complicité qui liait la mère et le fils, notamment dans leurs longues promenades sur le front de mer marseillais.

Avec cette mère qui occupait une place si centrale dans sa vie, la souffrance intérieure de la perte n’en est que plus grande.

Lorsque Cohen s’établit à Genève ou il travaille comme fonctionnaire dans un service de diplomatie internationale, sa mère folle de fierté vient le voir chaque année et chacune de ses visites fait alors figure d’évènement pour lequel elle doit se préparer plusieurs mois auparavant en soignant sa ligne et ses toilettes.

A posteriori, Cohen fustige l’égoïsme des jeunes hommes, qui délaissent un peu trop vite l’amour maternel pour courir quelques aventures galantes, qu’il juge plus fragiles et éphémères car guidées par des sentiments moins nobles et moins profonds.

Il se rappelle avec peine ses réactions lorsque sa mère se faisant trop envahissante et perturberait pensait il ses relations amoureuses… et regrette amèrement son aveuglément.

Mais comme tout le monde, Cohen reconnait devoir jouer le jeu du rôle social et faire bonne figure dans ses relations pour « continuer à vivre ».

Il estime alors porter un masque et profiter de ce livre pour délivrer ses pensées profondes et sa douleur intérieure.

La mort de la mère équivaut à la mort de son enfance et la brutale prise de conscience de sa propre finitude, aussi Cohen prend il du recul avec la futilité des comportements de ses congénères humains, dont la beauté, la santé et la vigueur s’éteindront de manière elle aussi définitive.

Le Dieu des Juifs est alors invoqué mais pour le critiquer dans le jeu cruel qu’il met en place sur Terre, en donnant la vie, la santé et la jeunesse puis en la reprenant sans plus d’explications.

Dans l’attente d’une hypothétique rencontre au Paradis avec sa mère, Cohen s’estime donc lui aussi un condamné et attend son tour en se noyant dans des rêves moites et de sombres pensées.

Au final, Cohen justifie l’existence de ce livre comme un hommage, un exercice cathartique et un message envoyé aux autres fils du monde entier pour tenter de leur ouvrir un peu les yeux sur l’importance du lien maternel.

En conclusion, tout est ou presque dans « Le livre de ma Mère » et la plupart des gens ayant un jour perdu une mère aimée se reconnaitront forcément dans cet ouvrage à la portée universelle.

Cohen décrit fort bien ce que nous appelons l’amour maternel, avec ce mélange de fierté lorsqu’un enfant « réussit » et de craintes parfois irrationnelles autour du mode de vie (santé, amour, religion, tradition).

Mais plus qu’un lien avec le monde de l’enfance ou celui des traditions, le lien avec la mère évoque quelque chose de plus transcendant encore : celui de l’amour inconditionnel, qui ne tient pas compte de la beauté, de la santé et de l’argent.

Cohen lui en reconnait cette puissance extraordinaire et adresse un vibrant témoignage se voulant être un message aux autres fils et filles du monde : reconnaitre le caractère précieux de cette relation avant d’en connaitre sa valeur au travers d’une perte cuisante.

Avec ce drame de sa vie, Cohen a acquis comme beaucoup d’autres un sentiment de profondeur et de lucidité sur a brièveté et la fragilité de l’existence humaine, ce qui peut s’avérer parfois douloureux à porter face à la multitude, mais peut aussi se révéler une force lorsqu’on parvient à en tirer le meilleur profit pour sa propre vie.

« Le livre de ma mère » n’est donc pas un livre léger qui vous fera sortir dehors vous rouler dans l’herbe fraiche mais vous réconfortera si vous avez déjà vécu un drame similaire tout en vous invitant à la méditation sur le sens profond de notre présence ici bas.

Le livre de ma mère (Albert Cohen)

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