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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 10:42
Brooklyn (Colm Toibin)

Née d’un voyage récent à New-York, ma fascination pour les Etats-Unis perdure actuellement, aussi Est-ce avec grand plaisir que je me suis attelé à « Brooklyn » de l’écrivain irlandais Colm Toibin.

Sorti en 2009, « Brooklyn » a pour personnage principale Eilis Lacey, qui dans les années 50, quitte sa famille et son Irlande natale pour chercher de meilleure opportunités de vie à New-York.

Modeste vendeuse auprès d’une commerçante marâtre, Mrs Kelly, Eilis est en réalité poussée par sa mère et sa sœur ainée Rose, encore célibataire, à quitter le foyer familial qui peine à joindre les deux bouts.

Un prêtre catholique irlandais du nom de Flood, sert d’intermédiaire dans l’affaire et trouve une place à Eilis à New-York dans un magasin de vêtements tenu par des italiens, les Bartocci.

Sans réelles attaches si ce n’est affectives à Dublin, Eilis accepte de partir pour ce long voyage dans cette terre lointaine et exotique à l’époque : les Etats-Unis.

Après avoir dit au revoir à son frère Jack lui aussi émigré mais en Angleterre, Eilis s’embarque dans un gigantesque paquebot transocéanique.

Le voyage en troisième classe est cauchemardesque en raison des mauvaises conditions de mer et Eilis est sévèrement malade, comme d’ailleurs la plupart des passagers.

Georgina, sa voisine de cabine, plus affirmée, lui donne de précieux conseils pour se présenter sous son meilleur jour face aux rudes services d’immigration.

Après trois semaines difficiles en mer, Eilis arrive enfin à New-York et emménage dans une pension de famille tenue par une Irlandaise, Madame Kehoe.

Eilis se voit attribuée une chambre et partage le reste des commodités avec d’autres jeunes femmes également Irlandaises du quartier.

Au magasin, elle est sous les ordres de Madame Fortini et donne déjà par son sérieux de bonnes satisfactions à ses employeurs.

A Brooklyn, Eilis découvre la foule, l’agitation et la proximité des deux autres communautés les plus importantes de l’époque : les Italiens et les Juifs.

Des tensions existent inévitablement entre Irlandais et Italiens, qui sont finalement rivaux en tant qu’émigrés.

Flood veille sur Eilis de manière paternelle, remplaçant un peu son père trop tôt décédé, la soutient lorsqu’elle a énorme coup de cafard provoqué par le mal du pays, en arrondissant les angles avec l’exigeante Madame Fortini.

Pour maintenir le contact avec ses racines, Eilis écrit beaucoup à sa famille et entretient une correspondance à plusieurs niveaux suivant les sujets avec sa mère, Rose et Jack.

Ce lien semble vital pour la jeune femme.

Avec l’arrivée de l’hiver, Eilis découvre l’incroyable froid New-Yorkais et fait comme tout le monde : souffre même si elle apprécie le confort des maisons américaines toujours bien chauffées.

Le magasin connait également une petite révolution lorsque des clientes afro-américaines commencent à le fréquenter.

Le malaise est palpable des deux cotés, mais Madame Fortini se montre intelligente en comprenant l’intérêt financier qu’elle peut tirer de cette nouvelle clientèle de Brooklyn.

Le père Flood intervient une nouvelle fois en proposant à Eilis de suivre des cours du soir afin de décrocher un diplôme de comptable et d’atteindre le statut d’employé de bureau, symbole de réussite sociale.

Eilis se montre une étudiante intelligente et sérieuse, appréciant tout particulièrement son professeur de droit, le brillant Mr Rosenblum.

Entre les journées parfois harassantes au magasin et les cours du soir, Eilis trouve finalement le temps de quelques distractions le week-end et rencontre à un bal irlandais un Italien du nom de Tony.

Au départ, Tony qui est plutôt petit et blond, parvient à lui cacher ses origines italiennes mais finit par lui avouer la vérité.

Plombier à Brooklyn, Tony est un homme sensible, doux et amusant qui fait rire Eilis par ses imitations et blagues.

Tout en dissimulant les origines italiennes de Tony aux autres pensionnaires plutôt xénophobes, Eilis débute une relation, se rendant au cinéma avec lui.

Nerveuse et peu au fait de la sexualité, Eilis se montre prudente, n’hésitant pas à rembarrer le plombier lorsqu’il se montre trop entreprenant.

Elle rencontre néanmoins sa famille, une grande fratrie d’Italiens de Brooklyn vivant à plusieurs dans un petit espace.

Eilis est plutôt bien acceptée et consent même à se rendre à un match de base ball, sport auquel elle ne comprend rien, pour faire plaisir à Tony, ardent supporter des Dodgers.

Avec l’été, la chaleur devient suffocante dans la ville et une invitation de Tony à la plage de Coney island, provoque une véritable embarras chez Eilis qui ne connait pas les codes en vigueur sur les plages américaines.

Sous les conseils de Madame Kehoe elle entreprend un régime et choisit avec soin un maillot de bain avec Madame Fortini, malgré sa gêne de se montrer nue face à elle et quelques troublants attouchements de sa patronne.

Sur les plages surpeuplées de Coney island, Eilis se rapproche de Tony.

Le couple finit par coucher ensemble même si la première fois d’Eilis est plus douloureuse qu’agréable et entraine une confession honteuse auprès de Flood, qui en bon prêtre catholique des années 50, réprouve les relations sexuelles hors mariage.

Après deux ans d’efforts, Eilis décroche son diplôme de comptable mais se trouve dévastée lorsqu’elle apprend la mort subite de sa sœur Rose, terrassée par une crise cardiaque.

Mal à l’aise loin des siens, Eilis éprouve un impérieux désire de revenir en Irlande.

Elle consent néanmoins à épouser avant de partir Tony et lui promet pour apaiser son angoisse à l’idée de la voir repartir pour quelques semaines en Europe, de revenir pour s’établir avec lui à Coney island, sur un terrain que sa famille a acheté.

Le mariage se fait dans la plus grande discrétion et Eilis revient transformée chez elle.

Sa peau est bronzée, ses vêtements et ses manières ont changé, lui conférant plus d’assurance… et de sex appeal !

Les retrouvailles familiales sont émouvantes et Eilis qui ne passe pas inaperçue se trouve courtisée par Jim Farrell, un jeune homme qui la dédaignait lors des bals irlandais.

Patron de bar, Farrell entreprend un jeu de séduction auquel Eilis ne reste pas insensible.

La cours de Farrell, la pression de sa Mère restée seule, ajoutées à une proposition d’embauche comme comptable dans un magasin de la ville, font vaciller la détermination de Eilis à rentrer à New-York.

Mais lorsqu’elle apprend que Mrs Kelly est au courant de son mariage la bas, elle prend la décision pour éviter le scandale de revenir aux Etats-Unis.

En conclusion, malgré un rythme général plutôt lent tour particulièrement dans son démarrage irlandais assez ennuyeux, « Brooklyn » est un beau roman, très bien écrit qui se laisse lire d’une traite avec un vif plaisir.

Toibin traite à merveille le sujet de l’exil, montrant l’ascension à force d’abnégation d’une jeune vendeuse irlandaise vers les classes moyennes avec en prime la vie d’un quartier emblématique de la ville de New-York.

Bien qu’abordée de manière discrète, la sexualité est également présente et offre également matière à un nouvel écartèlement entre l’ouverture cosmopolite avec un italo-américain et la tranquille tradition irlandaise.

Transformée favorablement à son retour des Etats-Unis ou elle revient diplômée et mariée, Eilis penche un moment vers un retour sur terre d’origine pour des raisons mêlant besoin des racines familiales et opportunités professionnelles, mais choisit après quelques rebondissement de revenir dans la ville ou elle s’est finalement construite et épanouie.

Avec « Brooklyn », Toibin prouve qu’on peut écrire un grand roman sans avoir recours aux procédés racoleurs de violence et de sexe.

Je ne peux donc que recommander la lecture de cette œuvre parfaitement maitrisée !

Brooklyn (Colm Toibin)

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