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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 18:33
Bahia de tous les saints (Jorge Amado)

Eté oblige, je suis tout naturellement revenu vers le brésilien Jorge Amado et son « Bahia de tous les saints ».

Quatrième livre chroniqué ici, « Bahia de tous les saints » est une œuvre publiée en 1938, qui a pour cadre les hauteurs de Salvador de Bahia, notamment le morne de Chatre-Nègre, quartier pauvre composé dans les années 30 quasiment exclusivement de noirs pauvres.

Amado conte le destin éblouissant d’Antonio Balduino, robuste noir de Chatre-Nègre, qui élevé par sa tante Louise, est un petit garçon turbulent éduqué par la fréquentation des autres gosses du quartier.

Bagarreur, indiscipliné et intrépide, Balduino a pour modèle Zé-la crevette, qui lui apprend à composer des samba à la guitare et l’art de se battre avec les pieds, la savate, ce qui lui est fort utile pour se faire respecter dans le monde parfois brutal de Chatre-Nègre.

Jubiaba, le vieux sorcier expert en macumba qui fait office de guérisseur et de sage de la communauté noire est également très respecté par Balduino et joue lui aussi en quelque sorte le rôle de père de substitution.

Mais la santé mentale de Louise s’aggrave brutalement et la vieille femme doit rapidement se faire interner avant de succomber, ce qui oblige Balduino encore enfant à quitter son quartier pour intégrer la maison bourgeoise de Pereira, un commandeur portugais de la ville.

Chez les Pereira, Balduino montre une nouvelle fois son indiscipline, mais tombe amoureux de Lindinalva, la jeune fille de Pereira, dont la blancheur et la rousseur le fascine.

L’attirance naissante entre les deux adolescents est cependant brutalement brisée par la jalousie d’Amélie, la sœur de Lindinalva, qui s’arrange pour faire chasser de la maison ce jeune noir non respectueux des classes sociales.

Malgré son cœur brisé, Balduino quitte à regret son amour de jeunesse et devient un enfant des rues de Bahia, prenant rapidement la direction d’une petite bande de mendiants en raison de son tempérament de leader.

Il opère donc avec le beau Philippe, fils d’un française à la beauté angélique, le Gros, très doux et pieux, Viriato le nain dont le physique difforme apitoie les passants et Sans-dents, qui conteste son commandement, avant d’être sèchement remis à sa place en vertu de la loi du plus fort.

Bien sur la vie dans la rue est rude, entre rafles policières, bagarres contre bandes rivales et morts brutales, comme celle de Philippe renversé par une voiture ou le suicide de Viriato fatigué de vivre, mais Balduino dont les talents de musiciens lui permettent d’améliorer l’ordinaire, s’en sort suffisamment bien pour racheter un bar à marins, la Lanterne des noyés, ou il se produit régulièrement guitare à la main.

Musicien doué et beau parleur, Balduino, séduit un nombre considérable de mulâtresses, qu’il emmène la nuit sur la plage pour de courtes étreintes à la belle étoile.

Les femmes l’amènent régulièrement à prendre des risques et à sa battre, notamment face à des soldats brutaux et solidaires.

Les capacités à se battre de Balduino et son robuste physique l’amènent à se faire remarquer par Luigi, un ancien entraineur de boxe italien, qui montent plusieurs combats faisant de lui une star locale.

La carrière de Balduino culmine après avoir terrassé un champion dit d’Europe de l’Est, mais l’annonce soudaine des fiançailles de Lindinalva avec Gustave Barreras, un jeune avocat débarqué en ville pour faire fortune, vint briser l’élan du champion et provoquer sa perte.

Vaincu par un péruvien sans même combattre, Balduino part dans la ville de Cachoeira pour travailler dans les plantations de tabac, travail pénible qui exténuent hommes et femmes majoritairement noirs.

Une nouvelle fois, le tempérament impétueux de Balduino s’exprime puisqu’il blesse grièvement au couteau un chef de la plantation, Philomène, coupable selon lui de courtiser une jeune orpheline de douze ans.

Traqué par les planteurs, Balduino est alors contraint à la fuite dans la brousse et passe plusieurs nuits épouvantables à délirer sur son passé alors qu’il attend sa dernière heure arrivée.

Finalement cet étonnant homme s’en tire une nouvelle fois, soigné par un vieil homme, s’échappe par le train et retrouve à Foire-Sainte-Anne, son vieil ami Luigi qui l’embarque dans une nouvelle aventure de cirque itinérant ou il affronte des spectateurs assez courageux pour se mesurer à lui.

Dans le cirque, Balduino noue une relation avec une superbe danseuse nègre Rosenda Roseda, mais ne peut empêcher la lente décrépitude du propriétaire Giuseppe, qui finit par se suicider en se jetant d’un trapèze.

Notre homme revient finalement à Bahia avec sa danseuse et un ours, seul rescapé de l’aventure.

Il retrouve son ami le Gros, reprend ses habitudes nocturnes à la Lanternes des noyés, avant de se brouiller définitivement avec la volage Rosenda Roseda qui se voit des rêves de grandeurs à la Joséphine Baker, qui échoueront finalement dans les maisons de passes.

La roue tourne également méchamment pour Lindinalva abandonnée sans ressource par son père qui depuis la mort de sa mère a dilapidé tout son argent dans les maisons de passes avant d’y trouver la mort et rejeté par son fiancé en raison du scandale après lui avoir fait un enfant.

Comme beaucoup de femmes sans ressources, Lindinalva est contrainte à se prostituer pour élever son fils et connait déchéances sur déchéances.

De son coté, Balduino se sent à présent une âme de dockers et embrasse cette profession.

Fasciné par le personnage de Zumbi des palmiers, esclaves noir rebelle ayant tenu tête à toute une armée à Bahia avant de se suicider, Balduino suit logiquement ses camarades syndicalistes dans un puissant mouvement de grève visant à obtenir de meilleurs conditions de travail et en devient même un des plus important leaders.

Ni la mort tragique de Lindinalva, s’excusant auprès de lui au moment de rendre son dernier souffle dans ses bras, ni la corruption de l’avocat Barreras acheté par la Compagnie, ni les tirs de la police et la lutte contre des travailleurs réquisitionnés pour les remplacer, ne détourneront Balduino de sa vocation d’homme libre, de briser les chaines de l’esclavage économique que subissent tous les hommes pauvres qu’ils soient noirs, mulâtres ou blancs.

En conclusion, « Bahia de tous les saints » est encore une fois une grande œuvre/odyssée écrite par Amado, qui narre avec tout son talent de conteur/poète, l’épopée d’un noir pauvre de Bahia mais déterminé à ne pas subir sa destinée.

L’aventure est belle, riche et colorée avec la vie dans les rues, dans les plantations de tabac, les rings de boxe, les salles de cirques, les bars de nuits ou les docks du port.

Et toujours en toile de fond ce gout de la musique, de la danse, des femmes, bref de ce que même les hommes les plus pauvres conservent aux quatre coins du monde.

Roman engagé (à gauche), exagéré jusqu’à la fable, « Bahia de tous les saints » est particulièrement prenant sur le fond et la forme, réussissant le tour de force d’envouter le lecteur au son des rites macumba des noirs brésiliens.

Bahia de tous les saints (Jorge Amado)

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