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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 15:28
Tyson (James Toback)

Le noble art a toujours eu sa place dans ces colonnes aussi est-ce avec un grand plaisir que sera chroniqué le documentaire de James Toback intitulé « Tyson » consacré en 2008 au plus grand champion du monde poids lourd de ces trente dernières années, Mike Tyson.

En une heure et demi seulement, Mike Tyson accepte de se livrer comme jamais devant une caméra, parlant de son enfance dans le quartier défavorisé de Brownsville à Brooklyn avec un père inconnu et toute une flopée de beau pères se succédant au gré des liaisons de sa mère.

Jeune, Mike apprend la dure loi de la rue et bien que répugnant à se battre, doit faire usage de sa force déjà importante après qu’on ait massacré les pigeons qu’il élevait sur les toits de son quartier.

Sans repère, fasciné par les petits truands noirs de Brooklyn à la richesse tapageuse, Tyson rejoint une bande et commet des braquages avant de se faire coffrer par la police à seulement 13 ans.

En prison, Tyson découvre la boxe par l’ancien boxeur Bobby Irish Stewart, qui le stupéfait après un coup du foie qui le cloue au sol.

Ayant détecté les immenses capacités physiques de l’adolescent mais aussi sa grande fragilité vis-à-vis du monde du dehors, Stewart oriente Tyson vers l’entraineur Cus d’Amato, entraineur réputé de New-York.

On comprend très vite que la rencontre avec Amato est cruciale dans la vie de Tyson.

Comme dans les films, Amato va exercer sur le jeune homme le rôle de père qui lui a toujours manqué, forgeant son corps et son mental pour faire de lui un futur champion de boxe.

Complètement intégré au sein de la famille Amato, Tyson va prendre progressivement confiance en lui, comprenant qu’il peut faire autre chose de sa vie que d’être un délinquant.

Sur le ring, la combinaison Tyson-Amato fait des ravages et le jeune boxeur accumule les succès grâce à une vitesse et un punch phénoménaux.

Malgré quelques déconvenues pour les sélections des jeux olympiques de 1984, Tyson passe professionnel en 1985 avec Jim Jacobs et Bill Cayton comme managers.

La mort de Amato est une tragédie pour Tyson qui perd son père spirituel à seulement 19 ans.

Mais la machine crée par Amato est lancée et Tyson devient le plus jeune champion du monde des lourds en 1986 à seulement 20 ans.

Le monde découvre alors fasciné et terrifié, un boxeur petit mais ultra rapide et puissant, capable de ridiculiser des adversaires plus grands et lourds qu’il surclasse en vitesse et punch.

Ces années sont les meilleurs pour le boxeur, qui accumule les exploits sportifs et devient une star, propulsé en cela par son nouveau et sulfureux manager Don King, lui-même ancien repris de justice qui aura une influence néfaste sur son poulain.

Tyson change de vie, est adulé dans le monde entier, sort, côtoie beaucoup de femmes et épouse sur un coup de tête l’actrice Robin Givens âgée sensiblement du même âge.

Ce mariage est un naufrage, Givens demande huit mois plus tard le divorce et se répand dans la presse sur la personnalité dépressive voir violente de son ex-mari.

Profondément affecté par cette rupture, Tyson dérive, boit, se drogue, perd son assiduité à l’entrainement et se fait surprendre à la surprise générale en 1990 à Tokyo par le modeste James Douglas dans l’une des plus grandes surprises de l’histoire de la boxe.

Cette dérive s’accélère lorsqu’en 1992, Tyson est incarcéré pour un viol commis sur une candidate au concours de Miss Black America.

Il purge sa peine avec interdiction de s’entrainer, rase les murs, lit, se convertit à l’Islam par rejet de la société américaine.

Ce qu’il raconte sur la dureté de la vie en prison se montre effrayant avec des détenus de longues durée à tendances psychotiques lançant leurs excréments, mettant le feu aux lits, les viols, les révoltes et les cellules d’isolement ou il peut cultiver son penchant pour la solitude.

Sorti en 1995, Tyson n’est plus le même, ayant beaucoup perdu physiquement et mentalement en prison.

Il épouse sa psychologue la belle Monica Turner, avec qui il restera marié 7 ans et aura trois beaux enfants, mais qui finira par le quitter en raison de ses éternelles infidélités.

Après quelques matchs de rodage viennent les choses sérieuses avec le combat contre Evander Holyfield, vieux boxeur extrêmement résistant et courageux, qui ne se montra pas impressionné par l’aura bestiale de Tyson.

Holyfield le bat une première fois en 1996 à Las Vegas dans un match dur ou Tyson se plaint de coups de tête.

La revanche en 1997 tourne au psychodrame, Tyson perdant la tête, mordant à deux reprises son adversaire à qui il arrache un morceau d’oreille, se faisant disqualifier et suspendre après une bagarre générale sur le ring.

La violence et la provocation seront également au rendez vous face à l’imposant anglais Lennox Lewis, qui sera le dernier champion à le battre en 2002 avant une retraite définitive en 2005 face au modeste Kevin Mc Bride, Tyson ayant perdu le gout de combattre et ne s’estimant plus assez compétitif pour les grands titres.
En traçant le bilan de ses dernières années, Tyson exprime son amertume face à ses anciens managers requins, les Jacobs, Layton mais surtout l’affreux Don King qui l’escroquèrent en ne lui laissant que les miettes de l’immense fortune amassée sur les rings.

Le boxeur ne mâche pas ses mots sur King, le traitre qu’il est allé piétiner dans un hôtel de Beverly Hills avant de ne récupérer que à peine 10% de ces gains par la voie légale.

Il évoque également sa passion des femmes, son instabilité amoureuse, ses innombrables conquêtes attirées par sa célébrité, sa réputation d’athlète brutal et son argent.

Etonné d’être encore en vie à 40 ans, Tyson n’avait rien prévu et va devoir se chercher une nouvelle vie, loin de la boxe mais en relation avec ses enfants dont il semble fier.

En conclusion, « Tyson » est un documentaire à l’image de son sujet, âpre, intense, captivant et constituerait sans problème le biopic d’un film hollywoodien.

Derrière la brute bodybuildée, se dessine un homme fragile, en proie à de grandes difficultés et angoisses existentielles qu’il masque à travers une agressivité et un mode de vie extravertie.

Personnage sans limite, extrême dans son rapport au sexe et à l’argent, Tyson semble vivre toujours en cherchant à se bruler les ailes.

On demeure également abasourdi de voir l’influence de son premier coach Cus Amato, sorte de Mickey des Rocky, qui le tira vraisemblablement de la rue et d’une mort précoce dans l’anonymat, la violence et la misère.

Bien entendu, j’ai adoré voir ce champion mythique ouvrir son cœur mais ai également gouté les analyses techniques, notamment de boxeurs français (Fabrice Benichou, Souleymane M’Baye, Thierry Jacob, John Dovi, Dominique Nato …), louant la technique simpliste du boxeur en basant tout sur la vitesse et le punch pour faire la différence, mais également le terrible ascendant psychologique qu’il exerçait sur ses adversaires qui perdaient leur moyens face à lui.

Au-delà du témoignage, on restera sans voix sur les vidéos du Tyson du début des années 80, ce félin musclé, rapide et féroce, broyant de la puissance de ses coups surnaturels les corps martyrisés de ses adversaires.

Monumental donc, avant de découvrir le livre " La vérité et rien d'autre" sorti en 2013 ?

Tyson (James Toback)

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Published by Seth - dans Sport
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